L’enseignement frontal est dépassé

14.02.2020 - 17:26 | Christian Possa

Dans le département de Quiché, la Fondation Village d’enfants Pestalozzi s’engage depuis cinq ans en faveur de méthodes pédagogiques centrées sur l’enfant et d’un enseignement bilingue. Domingo Sambrano Gomez explique dans cette interview la manière dont ce projet a changé l’environnement scolaire ainsi que ses effets pour les enfants.

L’instituteur travaille depuis dix ans à l’Escuala Oficial Rural Mixta de San Felipe Chenlá. Il enseigne l’écologie, les sciences sociales et naturelles, la communication, les langues (ixil et espagnol), les mathématiques, le dessin, la musique et le civisme à des élèves de deuxième année.
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Il applique des méthodes pédagogiques interactives: Domingo Sambrano Gomez, entouré de ses élèves

Monsieur Gomez, quels changements avez-vous observés auprès de vos élèves depuis le démarrage du projet il y a cinq ans?

Ils apprennent beaucoup mieux quand l’approche est ludique. Je constate aussi qu’ils sont nettement plus actifs. Avant le démarrage du projet, nos méthodes d’enseignement étaient très traditionnelles: cours frontal, pas de matériel auxiliaire, respect absolu du programme national. Les élèves étaient alors beaucoup moins actifs. Le projet nous a montré la voie et aidé à produire du nouveau matériel. Personnellement, j’ai surtout beaucoup profité des ateliers.

Qu’avez-vous appris?

Nous avons découvert des stratégies que nous pouvons appliquer dans les différentes branches. En outre, nous disposons désormais d’un manuel qui nous aide à appliquer la bonne méthode au bon moment. C’est ainsi que nous avons par exemple une affiche pour le contrôle des présences sur laquelle les enfants notent eux-mêmes leur heure d’arrivée ou d’éventuels retards. Sur une autre affiche, nous avons résumé nos valeurs communes. A tour de rôle, chaque enfant est responsable de leur application en classe. Une autre approche consiste à lire des textes ensemble ou à commencer les activités par un jeu. En général, la journée se termine par une discussion au cours de laquelle les enfants résument ce qu’ils ont fait ce jour-là. Cela me permet de me rendre compte de ce qu’ils ont retenu et s’ils l’ont bien compris.

Le bilinguisme et la culture locale constituent des points importants du nouveau programme scolaire. Qu’en est-il au niveau de l’application?

Les programmes prévoyaient depuis déjà pas mal de temps de tenir davantage compte de la réalité et de la culture des enfants, mais ce qui a changé, c’est que nous disposons désormais de stratégies concrètes que nous pouvons appliquer systématiquement.

Comment les enfants réagissent-ils aux nouvelles méthodes d’enseignement?

Ils apprennent de manière beaucoup plus autonome. Quand ils doivent par exemple travailler en groupe, ils peuvent en définir la composition eux-mêmes. Celle-ci ne leur est plus imposée comme avant. Les instituteurs qui ont des classes de quatrième, cinquième et sixième années confirment qu’ils voient de très grandes différences chez les enfants ayant bénéficié des nouvelles formes d’enseignement au cours des trois premières années.

Quel rôle les parents jouent-ils dans ce processus?

Nous les rencontrons une fois par mois. L’équipe de l’organisation partenaire Appedibimi, avec laquelle nous collaborons très étroitement depuis le début du projet, propose en outre régulièrement des ateliers. Ceux-ci permettent de parler avec les parents du comportement de leurs enfants à l’école, ou de leur expliquer comment ils pourraient les soutenir davantage à la maison.

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