«Il est essentiel de ne pas surmener les enfants»

14.07.2020 - 16:08 | Christian Possa

Marina Despotovic est professeur d’anglais dans une école du projet de la Fondation Village d’enfants Pestalozzi, dans la ville serbe d’Uzice. Dans un entretien, elle nous livre un témoignage sur l’organisation des cours en ligne en période de coronavirus, un modèle qui ne peut prétendre à la perfection, mais qui se déroule incroyablement bien.

Avec Viber, nous avons pusurmonter la distance spatiale entre nos domiciles de Suisse et de Serbie. Ce service de messagerie instantanée, qui permet également d’utiliser la téléphonie sur IP, est devenu un outil de communication central pour Marina Despotovic (en plus de programmes tels que Google Classroom et Skype), car il lui permet d’échanger avec ses classes, avec les parents d’élèves ou avec d’autres enseignants.
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Marina Despotovic, professeur d’anglais à l’école du projet d’Uzice.

Marina Despotovic, comment vivez-vous la situation actuelle?

Au début, nous avons tous été submergés par la peur et la panique, car nous nous demandions comment ce dispositif allait fonctionner, et s’il allait réellement fonctionner. Au sujet des cours en ligne, je suis en fin de compte très surprise. Tout fonctionne très bien, même si ce mode de fonctionnement était une découverte pour nous tous. 

Comment avez-vous procédé?

Le gouvernement a décrété l’état d’urgence le 15 mars. Le 16 mars, nous nous sommes réunis à l’école pour discuter de la situation. Nous avons eu besoin d’un à deux jours pour installer Google Classroom, l’outil dont nous nous servons aujourd’hui le plus souvent. Nous utilisons également d’autres dispositifs comme Skype, les e-mails ou les groupes de discussion Viber. Certains parents se sont installés dans des villages ou dans leur maison de campagne, lieux qu’ils considéraient plus sûrs. Ce type de décision nous a posé certains défis.   

Comment avez-vous réagi?  

Aux endroits où la connexion Internet est mauvaise, nous envoyons le matériel de cours par voie postale. Les enseignants envoient leurs cours à l’école par e-mail. Leur contenu y est rassemblé avant d’être envoyé aux enfants. Je communique chaque jour avec mes élèves, car je souhaite savoir s’ils vont bien et si tout fonctionne.   

Quelle est la difficulté majeure rencontrée?

Le plus dur pendant cette période de confinement est l’impossibilité de passer du temps entre amis. D’un autre côté, le temps partagé en famille stimule l’esprit de cohésion entre proches. Une jeune fille m’a expliqué que sa petite soeur et elle parvenaient enfin à se comprendre et qu’elles se considéraient désormais comme amies. Auparavant, elles ne cessaient de se disputer.   

La Serbie maîtrise relativement bien la pratique des cours en ligne; selon vous, cette impression est-elle trompeuse?

C’est difficile à dire, je peux uniquement témoigner du cas de notre école. Nous avons peut-être bénéficié d’une certaine préparation, car nous travaillons avec des manuels électroniques depuis deux ans. Avantage considérable: les données telles que les e-mails ou adresses étaient déjà consignées dans ce système. Nous avons «uniquement» eu besoin de vérifier l’actualité de ces données. Au début, toute l’organisation scolaire était extrêmement chronophage. En tant qu’enseignants, nous étions amenés à travailler 17 à 18 heures chaque jour. Et aujourd’hui encore, je ne peux pas dire que notre système fonctionne parfaitement. Mais en même temps, la perfection existe-t-elle vraiment? 

Aujourd’hui, comment se présentent les cours?

Chaque jour, des leçons sont diffusées à la télévision pour les différents niveaux scolaires. Nous coordonnons notre cours au programme et respectons la recommandation du Ministère de l’éducation de ne pas exiger trop de nos élèves. Il est essentiel de ne pas surmener les enfants et de maintenir leur présence au sein du système scolaire. Cette situation exige plus d’imagination pour préparer les cours. J’interroge souvent mes élèves pour obtenir leur retour, pour savoir si un cours était trop dense ou s’ils souhaitent étudier une séquence de cours précise.   

Comment s’en sortent vos collègues enseignants?

Tous les membres de notre équipe n’avaient pas la chance d’utiliser un ordinateur aussi souvent que moi dans le cadre de leurs cours. Au départ, certains se sont même montrés sceptiques. Nous travaillons très souvent en équipe et sommes amenés à échanger, ce qui nous aide. Ainsi, il existe un groupe Viber pour chaque classe. Par exemple, si un enfant n’a pas fait ses devoirs, nous pouvons en parler dans le chat, puis prendre contact avec l’enfant et ses parents afin de savoir ce qui s’est passé.

Cette situation se produit-elle souvent?  

Nous avons de nombreux problèmes minimes à régler chaque jour. Nous parvenons à les résoudre, même si cela nous demande beaucoup de temps. Et nous recevons également un grand soutien de la part des parents, qui travaillent assidûment aux côtés de leurs enfants dans cette situation exceptionnelle. Je ne peux pas parler au nom de tous les Serbes, mais dans mon école – et plus particulièrement dans les classes où je donne cours et au nom des collègues dont j’ai pu recueillir les impressions – ce système fonctionne très bien.

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