Accéder à l’éducation par monts et par vaux

23.07.2020 - 11:07 | Christian Possa

Pauvreté, chômage, analphabétisme: au sud de la Serbie, Leskovac est une ville en crise. Pour offrir malgré tout une perspective d’avenir à ces jeunes gens, un projet a été lancé afin de préparer les élèves à leur entrée dans la vie active à l’aide de plans de progression individualisés.

La cour intérieure de l’école primaire Petar Tasic est une petite oasis dans le quotidien scolaire exigeant. Au milieu d’un espace vert de la taille d’un terrain de tennis, un pavillon en bois invite s’y arrêter. Une poignée de jeunes viennent de planter quelques arbres autour de celui-ci. Avec fierté, ils posent pour une photo souvenir, la pelle dans une main, l’autre en signe de «shaka». Avec ses chaussures vernies, sa chemise boutonnée jusqu’au col et son pantalon à pinces foncé, Goran Filipovic se distingue des autres adolescents en baskets, jean déchiré et veste à capuche. Quoi qu’il en soit, le directeur de l’école fait partie de la bande, car les jeunes savent qu’il n’hésite pas se retrousser les manches pour qu’ils réussissent leur entrée à l’école secondaire.

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Un investissement d’avenir à double sens: le directeur de l’école Goran Filipovic plante des arbres avec les jeunes dans la cour intérieure.

«Un appel à l’autonomie»
La situation initiale n’est pas simple. «Petar Tasic est une école fortement marquée par la ségrégation», commence à nous expliquer Goran Filipoviczu. «De nombreux élèves sont d’origine rom et vivent dans une grande pauvreté». Beaucoup de parents poussent leurs recherches d’emploi vers des régions très éloignées. Par conséquent, 80% de ces enfants n’ont pas leurs parents à la maison. «Souvent, les parents amènent également leurs enfants au travail avec eux et ils manquent alors deux mois de cours.»

Depuis 2017, l’école participe au projet «Ensemble à l’école secondaire» de la Fondation Village d’enfants Pestalozzi et de l’organisation partenaire locale Centre for Education Policy (CEP). Ce projet a pour mission d’augmenter le taux de passage vers le secondaire grâce à des mesures de soutien individuelles, à une meilleure orientation professionnelle ainsi qu’à un développement intensif des compétences des enseignants et des écoles. Sur le plan personnel, il s’agit également de provoquer un changement d’attitude. Un état d’esprit où l’éducation acquiert une plus grande valeur – autant chez les élèves que chez leurs parents.

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Préparation aux examens finaux de mathématiques: Zronko et Josif.

Il est un peu plus de dix heures. Le palier d’un escalier en pierres massives mène à une porte discrète. Derrière celle-ci se trouve une salle de cours accueillant une bonne dizaine d’élèves qui étudient les mathématiques avec Jasmina Milosevic. Assis autour de deux blocs de tables, les adolescents travaillent assidûment sur leur cahier. De temps en temps, ils relèvent la tête pour suivre les explications de leur professeure au tableau. Les classes préparatoires sont axées sur une participation volontaire. «Un appel à l’autonomie», déclare Jasmina Milosevic. Nous avons également essayé d’imposer leur suivi, mais cela n’a pas fonctionné. À la question de savoir où se situe l’objectif principal du groupe, la professeure répond: «Rassembler les connaissances d’hier et de demain.»

Penser tôt à son avenir professionnel
Zronko est en huitième classe. Les examens finaux sont pour lui la dernière grande étape avant de se lancer dans la vie professionnelle. Le jeune homme de 15 ans ne se laisse pas distraire pas l’euphorie générale, il garde plutôt un objectif précis en tête pendant ses révisions: engranger plus de points lors de l’examen final. «Je pourrai alors me présenter dans l’établissement secondaire de mon choix», explique-t-il. Le système scolaire serbe prévoit huit années d’école primaire obligatoires. Puis, à l’âge de 15 ans, les jeunes peuvent décider – en fonction de leurs notes à l’examen final – s’ils souhaitent poursuivre leurs études dans un lycée général ou une école secondaire professionnelle. Dans des villes extrêmement pauvres telles que Leskovac, où des broussailles sèches prolifèrent sur les toits des usines de textile autrefois florissantes et où les chômeurs tentent en nombre impressionnant de trouver du travail dans des régions éloignées, l’éventail d’écoles professionnelles est de taille limitée.

«Cependant, les usines restantes offrent toujours du travail», déclare Goran Filipovic. Le directeur d’école combat la situation critique de sa terre natale par la pensée positive. Il se concentre sur les possibilités offertes à ses élèves. D’ailleurs, il observe des changements, apparus uniquement grâce au projet. «Les enfants commencent à penser plus tôt à leur avenir professionnel et savent plus précisément ce qu’ils veulent faire plus tard.» Un témoignage confirmé par la classe spécialisée de mathématiques. Antonio et Josif veulent apprendre à cuisiner, Zoran et Zronko préfèrent se tourner vers la médecine.

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Elle enseigne depuis 1996 à l’école primaire Petar Tasic de Leskovac: Jasmina Milosevic.

Un travail éducatif élémentaire
Jasmina Milosevic fait presque partie du paysage de Petar Tasic. Depuis 1996, l’institutrice y travaille, restant fidèle à ses chevaux de bataille: les mathématiques et sciences physiques. «J’aime travailler au contact des enfants, c’est pourquoi j’exerce ce métier depuis très jeune», nous confie-t-elle plus tard autour d’un café, dans le pavillon en bois de la cour intérieure. Elle est totalement convaincue par l’approche individuelle développée dans le projet et par les formations continues ciblées des enseignants. «L’augmentation du taux de passage entre l’école primaire et secondaire est le plus grand succès du projet.» Au niveau interpersonnel, de nombreuses choses ont également évolué durant les trois dernières années. «Grâce aux stratégies de passage, les enfants apprennent à faire davantage confiance aux enseignants. Et les parents sont plus bien impliqués et ouverts. Ce qui améliore nos rapports mutuels.» Cela n’a pas toujours été le cas. Jasmina Milosevic se souvient du nombre de parents sceptiques au lancement du projet, comme si un vent glacial lui soufflait au visage. «Lorsqu’ils ont senti notre confiance et compris le mécanisme du projet, les mères puis les pères ont fini par se calmer.»

Nous sommes peu après midi. Deux classes traversent Leskovac en compagnie du chargé de projet Vitomir Stancovic. Finie, la Yougoslavie affaiblie du fabricant automobile Zastava, où les nids-de-poule jonchaient les bords de route; finis les petits commerces dont les produits garnissaient le trottoir étroit. Objectif du groupe: Srednja hemijsko-tehnic ˇ ka škola, l’école secondaire d’ingénierie chimique. Les étudiants rapportent leur quotidien lors de présentations tandis qu’en laboratoire, les écoliers et écolières de primaire ont le droit d’assister à de plus petites expériences et d’y participer. Lorsque les adolescents ont pu enflammer dans leurs mains une pâte à l’apparence mousseuse, le courant est définitivement passé. Si l’enthousiasme et la curiosité sont également inscrits sur le visage de Zronko, le jeune homme de 15 ans ne compte pas perdre de vue son objectif d’avenir à cause des activités ludiques du laboratoire de chimie.

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